Samya El Mousti

« Ce que j’aime dans le travail social, c’est le travail dans l’amour de l’autre »

Quelles sont vos origines ?

Je suis née à Casablanca et j’y ai grandi, mon père est Soussi et ma mère Fassi. Je suis le fruit de ce mélange qui fait de moi la personne que je suis aujourd’hui, une Marocaine fière de ses racines et de ses traditions multiples.
Je tiens de mon père le sens de la famille, la rigueur et la persévérance, d’ailleurs, il nous répétait souvent lorsque nous étions enfants, que ces valeurs étaient le seul héritage qu’il pouvait nous léguer.
Quant à ma mère, elle a toujours veillé au respect des traditions, ainsi qu’au savoir-vivre tout en délicatesse. Elle en a imprégné toute la famille. Professeur, elle incarnait l’amour du travail, du service à autrui, de l’empathie. Un bel exemple que j’ai en permanence devant les yeux.
J’ai deux grands frères et je pense que cela a également impacté ma personnalité.

En quoi cela vous a-t-il forgée d’avoir été la petite dernière de la fratrie ?

Je pense que c’est plus le fait que je sois l’unique fille de la famille qui influencé la formation de ma personnalité plus que d’être la benjamine.
Seule fille tant attendue après deux grands frères, j’étais la petite protégée de tous, mais en même temps très débrouillarde et assez indépendante. J’ai mûri assez vite car j’ai beaucoup appris des expériences de mes aînés puisque j’étais tout le temps dans leurs jambes. Ceci m’a bien forgé et j’en suis très reconnaissante.

Quelles études avez-vous poursuivi ?

Après un baccalauréat scientifique marocain, j’ai intégré l’ISCAE (Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises) pour des études de gestion et d’administration des entreprises. Lors de ma dernière année, j’ai eu mon premier enfant. Loin de m’avoir
découragée, j’ai tenu à persévérer pour obtenir mon diplôme et enchaîné par un master en marketing international.
Quelques années plus tard, alors que je venais d’avoir mon deuxième enfant, j’ai complété ma formation par un certificat en coaching professionnel ICF, ainsi qu’un diplôme en leadership féminin et en psychologie positive.

Quelle a été votre expérience avant de faire votre entrée dans le domaine du social ? Et pourquoi ce revirement ?

J’ai démarré ma carrière dans le marketing et la communication dans une agence de communication puis dans une unité industrielle dans le secteur de la cosmétique. Deux ans plus tard, je me suis rendu compte du décalage entre le rôle qui m’était dévolu dans l’entreprise et ma vocation : j’ai compris le penchant que j’ai pour le service à l’autre, le social, et l’associatif ; ce qui me permettrait de me rendre utile à la société, à une cause.  J’ai saisi l’opportunité qui s’est présentée à moi et qui consistait en un poste de Responsable levée de fonds et relations internationales dans une association qui œuvre pour la promotion du leadership féminin et de l’entreprenariat par les femmes (AFEM). Rôle que j’ai assuré pendant un an, avant d’être promue Directrice générale déléguée, poste que j’ai occupé pendant 7 ans.
Parallèlement, j’ai été très active en tant que bénévole dans plusieurs associations de secteurs différents.
Après 10 ans d’expérience, ma quête de sens dans le travail m’a poussée à vouloir servir une autre cause qui me touchait particulièrement, celle de l’enfant et de la famille. C’est là que mon destin m’a conduit vers SOS Village d’enfants Maroc. 
Œuvrer pour une cause, c’est la vivre comme passion tout en incarnant ses valeurs. C’est aussi être sensible à sa mission, son utilité sociale, porter ses objectifs, et se sentir partie prenante active d’un tout ! 

J’essaye de contribuer à mon niveau à améliorer la vie d’enfants en détresse, de jeunes en quête de modèles d’inspiration de réussite, et par voie de conséquence à bâtir chaque jour un Maroc meilleur : et c’est cette quête qui me motive tous les matins.
Mon métier est aujourd’hui une passion qui me permet de respecter mes convictions et d’être alignée avec mes valeurs, de donner corps à mes idées et surtout d’avoir un impact et de me sentir actrice de changement !

Qu’est-ce qui vous anime chez SOS Village d’enfants ?

Il s’agit d’une cause noble doublée d’un concept familial exceptionnel.
Au sein de SOS Villages d’enfants, nous œuvrons pour un mieux vivre ensemble. Notre lutte permanente est au cœur de l’action pour le changement, en vue d’une justice sociale et du respect des droits de l’enfant.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre travail social ?

Ce que j’aime dans le travail social, c’est le travail dans l’amour de l’autre : apporter notre aide à une jeune fille au chômage, une femme à s’autonomiser, un enfant ou une famille qui est souvent en crise, est un privilège absolu. Notre action peut être tout à fait déterminante et
peut modifier des parcours de vie, c’est cette prise de conscience qui a toujours nourri ma motivation.
Pour moi, prendre part à ces initiatives fait qu’aucun jour ne ressemble à un autre. La diversité des situations, des projets et des personnes, la recherche de réponses face aux problèmes complexes, les situations et les lieux différents qui stimulent ma pensée et me conduisent à la créativité. Je me sens en permanence dans un processus d’apprentissage continu aussi bien à travers les projets que les personnes que je rencontre en apprenant toujours sur ce que l’on appelle la condition humaine et en apprenant également sur moi-même.

Quelle est votre valeur phare ?

La gratitude !
Cioran disait : « La gratitude est non seulement la plus grande des vertus, mais c’est également la mère de toutes les autres »
La capacité à savoir dire MERCI, au bon Dieu, à l’univers, aux personnes qui nous entourent pour tout ce qu’elles nous apportent !
La gratitude est donc une façon de voir la vie, une philosophie positive basée sur ce que l’on a réussi et ce que l’on possède (la santé, la famille, l’emploi…) Bref, tout ce qui fait de nous des personnes « accomplies » alors que nous pensons manquer de tout. Cela fait réfléchir et relativiser, et cela permet aussi d’être moins égocentrique, de regarder autour de soi, ceux qui n’ont pas … et qu’on pourrait peut-être aider

Quel est votre message pour la jeunesse marocaine ?

Oser rêver !
Nous avons tous des histoires différentes, des ancrages disparates. Ne jamais lâcher, ne jamais baisser les bras malgré tous les obstacles que nous pouvons rencontrer.  Il faut donc oser rêver, se faire confiance, être aligné avec soi-même et ses valeurs, et bien entendu travailler dur pour réaliser ses rêves. Et enfin, rester humble en toute circonstance; car humilité pour moi rime avec ouverture à l’autre, prédisposition à l’apprentissage et curiosité intellectuelle.
 
Qu’est-ce l’année 2020 vous a apporté ?

Cette année m’a confirmé combien il est important de prendre soin de sa santé physique et mentale … Cette année m’a montré à quel point être bien entouré, avoir des relations saines est essentiel … 2020 m’a appris que parfois nous devons nous déconstruire pour pouvoir s’épanouir.