Saloua Karkri Belkeziz

« Dans notre pays, l’ascenseur social fonctionne. »

Quelles sont vos origines ?

Je suis née à Ouezzane, dans une famille très modeste, de père enseignant mais aussi militant et politisé mais parti trop tôt puisque je ne l’ai quasiment pas connu et de mère traditionnelle et analphabète qui a pris en charge mon éducation.

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ce choix d’études ?

Je n’ai pas eu de mentor pour orienter mes choix. Les principales motivations sont souvent la réussite et la libération d’un milieu familial trop contraignant. Alors je vous l’avoue j’ai choisi de faire des études informatiques parce que cela me permettait de partir faire des études à l’étranger. Mais j’ai tout de suite appris à aimer ce métier. 

Pourquoi avoir choisi de revenir au Maroc alors que vous aviez l’opportunité de rester en France ? 

Les marocains sont très attachés à leur pays d’origine. Je n’ai jamais envisagé de rester en France que je remercie de m’avoir accueilli et donné une formation. Mais j’entrevoyais des horizons plus ouverts, une vie plus agréable, et plus de proximité aux gens que l’on aime. Aujourd’hui, je suis heureuse de voir mes enfants rentrer, l’un après l’autre, au bercail.

Comment êtes-vous passée du salariat à l’entreprenariat et qu’est-ce qui vous a décidée à sauter le pas ?

J’étais Commerciale chez Bull Maroc, ce qui ne m’offrait pas un plan de carrière mirobolant. 

Je parle d’il y a trente-cinq ans, dans une multinationale, on ne se bousculait pas pour donner à un cadre marocain, et de surcroit une femme, un gros poste de responsabilité. Mais Bull Maroc cherchait à externaliser certains métiers et j’ai saisi l’occasion.

Comment vous est venu l’idée et l’envie de fonder l’AFEM et dans quel but l’avez-vous fait ?

En tant qu’entrepreneur, je cherchais à construire mon réseau. Je participais activement à la CGEM, à l’APEBI et aux réseaux mondiaux de femmes entrepreneurs. J’ai eu l’occasion d’observer lors de mes déplacements, la faible représentativité des femmes marocaines, leur faible participation au débats économiques dans une période ou le Maroc entamait des réformes structurelles importantes. C’est ainsi que l’idée à germé sans autre but que celui d’améliorer la représentativité du Maroc et permettre aux femmes entrepreneurs plus de considération aux instances patronales.

Que retenez-vous de votre passage dans la politique ? 

Après mes deux mandats à l’AFEM, j’ai cru pouvoir élargir mes messages sur l’implication des femmes sur un champ plus vaste que le champ professionnel et étendre mon message sur les bénéfices de l’entreprenariat à tous les genres.

J’ai bénéficié d’une discrimination positive pour être députée de l’USFP. C’est une expérience formidable qui m’a permis de tirer beaucoup d’enseignements et de tisser des relations avec des personnages exceptionnels, mais cette expérience n’a duré que quatre ans et j’ai eu des scrupules à migrer de parti en parti pour maintenir mon implication politique.

Ce que je retiens de mon passage en politique ? La restructuration du champ politique est un chantier absolument indispensable à la construction d’une société juste et dynamique, même si cela semble quelque peu en contradiction avec les conclusions de la Commission pour le Nouveau Modèle de Développement. L’implication politique nait à la prise de conscience que vous prenez à l’âge de seize ans (j’ai reçu à titre posthume le flambeau de mon père par l’intermédiaire de mes frères et de mes oncles) et doit durer à vie. Mais les partis politiques doivent apprendre à fédérer les différents courants en entretenant le tissu conjonctif qui les uni, socialisme, humanisme, recherche de modernité, ou toutes idée fondamentale.

Qu’est-ce qui vous décidé à écrire votre autobiographie « Le chemin des possibles » ?

C’est un projet que j’avais de longue date. Ce n’est pas facile d’exposer sa vie intime, mais j’ai voulu transmettre aux jeunes générations, et aux jeunes d’origine modeste et aux femmes en particulier, un message positif, pour leur signifier que dans notre pays, l’ascenseur social fonctionne, que leur possible est immanent en eux-mêmes et qu’il est vain de laisser leur compétence s’évanouir sous un plafond de verre.

Vous avez réussi à être à la fois cheffe d’Entreprise, Présidente de l’AFEM puis de l’APEBI,  députée, épouse et maman de 3 enfants, quel est le secret de votre réussite ?

Pour être épouse et maman, il faut avoir le conjoint aimant et compréhensif et transmettre à deux aux enfants, les valeurs qui leur permettent de s’émanciper, de se prendre en charge et de tracer leur propre chemin. Pour ce qui est du reste, il faut savoir saisir les opportunités qui se présentent, et ne pas s’arrêter aux échecs, souvent un essor pour un nouvel élan.  

Quel était votre rêve de petite fille ?

Je n’avais que des rêves de bonheur, mais aussi quelques rêves d’aisance matérielle, pour gâter ma mère.

Quel est votre message pour les différentes associations féminines ?

Beaucoup d’associations font un travail remarquable. Mais je voudrais quand même préciser que les problématiques de femmes ne concernent pas que les femmes ; Ce sont des problématiques de Société et il faut que les associations orientent leur action vers les deux genres. 

En ce qui concerne l’AFEM, beaucoup d’associations similaires sont nées souvent créées par des femmes issues de l’AFEM et j’estime qu’il est temps de fédérer nos actions.

Qu’est-ce que l’année 2020 vous a-t-elle apporté ?

Chaque famille, et la mienne aussi, a la liste des membres et amis qui ont succombé à la pandémie. Je voudrais ici avoir une pensée pour eux.

L’année 2020 sera probablement jugée par l’avenir comme une année charnière. 

D’abord en ce qui concerne l’évolution sociale de notre société. Elle sera l’année de la prise de conscience véritable de la précarité de certaines catégories de travailleurs du secteur informel, somme toute florissant, et de certains commerçants et professionnels. 

Ensuite en ce qui concerne l’évolution technologique. Chacun de nous a apprécié l’organisation de la campagne de vaccination où un système informatique a tout géré, sans aucun passe-droit, et le confinement obligatoire, ne nous a pas empêché de travailler à distance. Une nouvelle ère.