Meriem Yacoubi

« Je voudrais créer la rupture, une rupture dans la façon de penser, de travailler, d’utiliser les technologies.»

Quelles sont vos origines ?

Je suis née à Kénitra, j’y ai grandi jusqu’au collège, ensuite je suis partie à Rabat, pour effectuer le lycée et les classes préparatoires aux grandes écoles au sein du lycée Moulay Youssef. J’apprécie particulièrement cette ville, où j’ai appris les valeurs du civisme, le respect de l’autre et la bonne équation entre tradition et modernité.

Quel était votre rêve de petite fille ?

Je suis la benjamine d’une grande fratrie de 6 frères et sœurs, je me suis toujours imaginée maman de 10 enfants !! Sérieusement, avoir des grands frères excellant dans ce qu’ils font, ceci m’a mis la pression pour être à la hauteur de leur réussite. Je m’imaginais médecin comme mon grand frère, surtout que j’ai perdu ma maman à cause d’un cancer à l’âge de 14 ans, j’étais donc plus déterminée que jamais à faire médecine et à me spécialiser dans l’oncologie.

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ce choix d’études ?

J’ai toujours eu des facilités dans mes études, j’avais une passion particulière pour les maths et l’astronomie. J’ai été donc naturellement orientée vers la filière maths-sup, maths-spé au sein du lycée Moulay Youssef. Une expérience des plus enrichissantes, où j’ai le plus appris sur moi-même et sur mes limites. Le dénouement de cet épisode de deux ans a été fort élogieux puisque j’ai été bien classée lors du concours national aux grandes écoles, ce qui m’a dispensée de passer l’oral !

Le choix de l’école ensuite n’a pas été évident ! non que je ne fusse pas sûre de mon choix, mais dans ma famille, la notion d’ingénieur était liée soit au génie civil, soit à l’informatique, il en a fallu du temps à mon père pour accepter que je sois tout de même ingénieure d’état, mais spécialisée dans la modélisation mathématique et les statistiques. Il n’avait jamais entendu parler de l’actuariat. Après avoir fini mes études d’actuariat-finance au sein de l’INSEA, j’ai effectué mon projet de fin d’études au sein de la salle des marchés de CDG Capital ; et c’est ainsi que j’ai obtenu le prix de la recherche statistique décerné par la Banque Centrale Populaire !

Qu’est-ce qui vous a séduite dans la finance des marchés ?

J’ai été diplômée en 2010, disons vers la fin de la crise financière de 2007, comme tout le monde j’ai suivi de près l’actualité financière depuis le début de la crise, et la puissance des marchés financiers et leur rôle dans la stabilité économique et financière, voire sociale m’a toujours fascinée ! sans parler du fait que c’est l’un des domaines où les mathématiques trouvent tout leur intérêt !

J’ai ainsi rejoint Capital Gestion Group en tant qu’asset manager et analyste ! ma première mission était de mettre en place un outil de calcul des Valeurs Liquidatives des OPCVM ! Du pur bonheur !

Comment avez-vous atterri à l’Institut Polytechnique?

J’adore étudier ! l’apprentissage perpétuel est mon moteur dans la vie de tous les jours !

Travailler au sein de CGG fut une expérience fort intéressante, malencontreusement, j’ai mal choisi mon timing. En 2010-2011, mis à part les séquelles de la crise financière sur un pays émergent tel le Maroc, le printemps arabe est arrivé, ce qui n’a pas facilité le dynamisme du marché financier marocain. Cherchant un métier avec beaucoup d’adrénaline, je n’ai pu assouvir cette pulsion ! J’ai décidé donc d’utiliser la deuxième partie de mon diplôme, qu’est l’actuariat et j’ai rejoint MAZARS Maroc en tant que consultante en actuariat.

Dieu merci ! ce changement a été des plus marquants dans ma vie professionnelle, parce que j’ai découvert le vrai monde de l’actuariat et son importance dans le secteur assurantiel caractéristique de l’inversion du cycle de production.

Mon patron de l’époque, Nordine Choukar venait de France pour chapoter le pôle, et il m’a accueillie dans les bureaux de Paris le temps d’une tournée, à la fin du premier jour je me voyais déjà membre associé de l’IA.

J’ai donc rejoint L’ENSAE Paritech, et en même temps j’ai préparé l’admission au sein de l’Institut des actuaires en tant que membre associé.

Actuellement je suis le cursus du ‘’Mastère spécialisé en Leadership et Projets Innovants’’ au sein de Central-Supélec Paris.

Racontez-nous votre expérience chez Axa Groupe

Suite à l’épisode ENSAE/IA, j’ai rejoint AXA GIE, en tant qu’actuaire P&C (non-vie), pour travailler sur des problématiques monde, notamment la modélisation du risque de mésothéliome suite à l’exposition à l’amiante au Royaume-Uni, ou encore la modélisation du risque de fraude suite au cash-settlement à Hong-Kong.

J’ai été promue par la suite pour rejoindre l’entité digitale de AXA Group. Une expérience à l’international très formatrice qui m’a fait grandir tant sur le plan professionnel, que sur le plan humain, des problématiques de fraude à l’assurance en Corée du Sud, à la rigueur et l’hospitalité des japonais, en passant par l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Pologne, …

J’ai découvert le monde du digital, et l’impact des nouvelles technologies sur le secteur assurantiel en France et à l’international, j’ai été ébahie par la puissance de l’intelligence artificielle, l’internet des objets, la data science… j’ai réalisé toute l’importance de la donnée.

En quoi votre vie privée a-t-elle interféré dans votre carrière ?

Je suis l’heureuse maman d’une petite princesse Yasmine, un cadeau de dieu et une revanche sur la vie…

Réussir à établir un équilibre vie personnelle – professionnelle, n’a pas été du tout chose facile ! je n’avais pas de famille en France, j’habitais loin de mon lieu de travail et j’avais beaucoup de déplacements à l’international, j’avais un train de vie presque inhumain, la perfectionniste que je suis, j’ai frôlé le burnout…

Pourquoi être retournée au Maroc ?

Les années de course contre la montre ont failli m’avoir, grâce à dieu, j’ai arrêté au bon moment. Je me sentais seule, dans un pays que j’admire qu’est la France, mais mon Maroc doux, chaleureux  et lumineux me manquait terriblement, de plus, je traversais une période difficile sur le plan personnel, j’ai donc décidé de rentrer définitivement.

Quel a été votre parcours au Maroc avant de monter votre structure ?

En rentrant au Maroc, j’ai été en charge de monter la direction digitale au sein de BMCE Capital. De la stratégie, au déploiement des solutions, en passant par le recrutement des équipes digitales. Cette expérience m’a beaucoup apportée, j’ai pu apprendre à allier vie personnelle et vie professionnelle, et j’ai surtout fait la connaissance de personnes extraordinaires qui sont devenues mes amies actuellement.

Quel a été le déclic pour monter DISRUPT ?

2020, Covid 19, crise sanitaire, le monde tel que je le voyais n’existait plus ! la résilience du digital a permis à des nations entières de survivre, d’assurer une continuité des activités critiques à l’économie et la politique des pays ! à mon humble niveau, et au sein de ma direction jugée non critique à la continuité d’activité d’une banque d’affaires, je me suis sentie impuissante, je voulais contribuer à cette transition numérique, laisser mon empreinte digitale durant cette crise.

“The electric light did not come from the continuous improvement of candles” Oren Harari

Je voudrais créer la rupture, une rupture dans la façon de penser, de travailler, d’utiliser les technologies, c’est ainsi qu’est née DISRUPT, incarnant toute la transformation que je désire voir dans ma chère patrie.

Quelle a été votre plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté a été de réussir l’ENSAE Paristech et l’IA. En effet, cette école fait partie de l’Institut Polytechnique, les polytechniciens souhaitant se spécialiser dans la finance ou dans l’actuariat y effectuent leur troisième année. J’étais déjà maman à l’époque, j’habitais à deux heures de l’école, et je préparais l’admission à l’Institut des actuaires, Réussir avec une bonne moyenne dans une promotion dont les ¾ sont des polytechniciens a été un exploit pour ma petite personne.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes qui lisent votre interview ?

« Croyez en vos rêves, ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement.» Martin Luther King