Lamia Bazir

Humanitaire, Militante et Entrepreneur social, Fondatrice et Présidente de "Empowering Women in the Atlas"
” Ce qui m’a  poussée à agir pour la cause de la femme rurale n’est pas la pauvreté, mais la richesse de ces femmes ”    

Présentez-vous en quelques lignes…

Comme toutes les jeunes femmes, j’ai envie de profiter de ma vie et de ma
jeunesse. J’ai toujours eu au fond de moi une passion et une détermination à
avoir de l’impact sur ceux qui m’entourent et éventuellement sur mon pays. Je
suis plus particulièrement engagée pour les causes de l’inclusion, du
développement et de l’empowerment des citoyens.

Bien que j’aie eu l’opportunité de travailler dans de grandes institutions
internationales, je ne perds jamais de vue les visages et les sourires de ceux qui
sont concernés par mes actions. C’est la seule chose qui compte vraiment !
« Empowering Women in the Atlas» est l’une des aventures qui m’a d’ailleurs le
plus apporté de bonheur et m’a permis de mettre à disposition ma créativité et
mes connaissances. J’ai lancé cette initiative pour briser l'isolement et la
pauvreté des femmes et des enfants du monde rural et promouvoir leur
leadership.

Mon plaidoyer et mes actions de terrain m’ont permis de gagner du respect et de
la reconnaissance. J’ai obtenu le « Prix des Nations Unies pour le Volontariat »
en 2015. En 2016, j’étais la plus jeune à figurer parmi les « 60 femmes leaders
du Maroc » par le Magazine Challenge. En 2018, j’ai été sélectionnée parmi les
« Jeunes Leaders Arabes » par le World Government Summit à Dubai et les
« 110 Jeunes Femmes Leaders du Monde » par McKinsey Monde. Ces titres et
distinctions me permettent de diffuser le modèle et l’idée qu’au delà du pouvoir
et de l’argent, le leadership a aussi un visage humain.

Quelles études avez-vous poursuivies ?

Après avoir poursuivi des études en sciences politiques à l’université Al
Akhawayn, j’ai décroché un master en développement international à Sciences
Po Paris et un master en Affaires internationales à l’université de Columbia à
New York. J’ai également suivi une formation en Leadership et Gouvernement à l’université d’Harvard.

J’ai fait le choix de ne pas quitter le Maroc après l’obtention de mon
baccalauréat. J’étais convaincue qu’il fallait que je reste ancrée dans la réalité de mon pays et que j’approfondisse ma compréhension du terrain avant d’aller à l’étranger. Mes études à l’international, notamment aux Etats Unis, m’ont
permis d’être autonome, de personnaliser mon parcours, de découvrir d’autres
façons de faire, d’être, de penser et d’être stimulée.

Vous avez commencé à donner des conférences à un jeune âge…

A l’âge de 19 ans, je me retrouvais déjà dans des conférences à Londres et à
Dubai. J’ai commencé à intervenir dans des conférences un peu partout dans le
monde notamment à Singapour, Paris, Stockholm et San Francisco… sans
oublier le Maroc. Je pense que mon vécu et mon expérience de terrain en tant
que jeune femme apportent une autre perspective et des idées nouvelles au
débat. J’aime partager et surtout véhiculer des messages inspirants, des valeurs
positives et un nouveau modèle de leadership. Ma sincérité plait !

D’où vient cette passion pour le social ?

Mon amour pour le social est indissociable de mon amour pour la justice. J’ai la
forte conviction que chaque citoyen, chaque être humain, peu importe sa
localisation géographique, ses moyens financiers ou son niveau d’études, a un
potentiel, un talent propre et une valeur ajoutée pour notre pays. Par conséquent, l’inégalité des chances, le fait que des individus n’aient pas les mêmes opportunités de se réaliser, de s’épanouir, d’apprendre, et de donner, juste parce qu’ils sont nés dans une région isolée ou dans un milieu défavorisé, est une réalité qui fonde mon engagement.

Et la politique ?

Mon intérêt pour la politique a commencé très tôt, alors que je regardais la
télévision et rêvais d’être présentatrice politique dans une chaine arabe. La
politique n’est qu’un moyen pas une fin. C’est un moyen d’avoir de l’influence,
de fédérer, de mobiliser, de donner l’exemple et surtout d’avoir le pouvoir pour
agir et changer les choses. Certains rejoignent la politique et en font une fixation professionnelle. Ils oublient le premier objectif de la politique à savoir le citoyen. La politique est une option que je considère de manière sérieuse. Si j’ai le moyen d’influer et d’apporter au citoyen autrement, je le saisirai, parce que ce qui m’importe, c’est l’impact.

Parlez-nous de vos expériences à l’international notamment à l’ONU et à la Ligue Arabe…

Mon expérience à l’international a joué un rôle clé dans mon parcours et m’a
paradoxalement poussée à revenir dans mon pays. Plus j’apprenais, plus je
voulais rentrer pour mettre en pratique ce que j’avais appris. L’expérience de
l’ONU incarne un moment spécial dans ma vie. La première fois que je visitais
l’ONU en 2013, en tant qu’observatrice avec un de mes professeurs, je suis
tombée dans une salle de réunion de haut niveau qui portait sur la thématique de la femme. En plein débat, les idées partagées par les experts, les Représentants d’Etats, les directeurs des agences onusiennes… m’ont interpellée et poussée à prendre la parole et à partager mon point de vue en tant que marocaine. Après mon intervention, j‘ai été sollicitée pour être représentante au conseil économique et social de l’ONU au moment de l’élaboration de l’agenda 2015-2030. Une chance !

Mon expérience à l’ambassade de la Ligue Arabe à Paris était aussi particulière
et s’est déroulée en 2011 en plein Printemps arabe. Bien que ce fut une
expérience stimulante, c’est à ce moment particulier que j’ai compris que je ne
voulais pas être diplomate ou du moins pas immédiatement, parce que j’ai saisi
que tout se passait sur le terrain et que je devais être dans mon pays pour
contribuer à son développement. J’étais déployée sur le terrain dans un autre
pays africain à savoir le Niger. Je me suis focalisée sur la problématique des
femmes et de la corruption. Cette expérience m’a fait grandir au point de vue
humain.

Qu’avez vous tiré de vos trois années passées au sein de la Primature sur le projet Millenium Challenge Corporation ?

J’ai travaillé sur le projet MCC pendant plus de trois ans au sein de département
du Chef du Gouvernement. Cette expérience m’a permis de mieux comprendre
le paysage institutionnel politique marocain, d’avoir une vision globale et de
mieux connaître les leviers et les défis de changement. Travailler sur un projet
en collaboration avec le gouvernement américain sur le sujet de la croissance
économique et l’employabilité des jeunes m’a permis d’acquérir des méthodes
de travail pragmatiques et une approche axée sur les résultats qui me serviront
tout au long de ma carrière.

Un mot sur votre travail auprès de la femme rurale…

Mon travail avec la femme rurale a commencé par une histoire d’amitié que j’ai
nouée avec les femmes du village d’Adghagh Ain Mersa situé dans le Moyen
Atlas, alors que j’étais encore étudiante à l’université Al Akhawayn. Ce qui m’a
poussée à agir pour la cause de la femme rurale n’est pas la pauvreté, mais la
richesse de ces femmes. Celles qui étaient souvent perçues comme pauvres et
analphabètes m’ont inspirée par leur force, leur travail, leur volonté et leur
leadership indéniable. C’est à partir de là que j’ai lancé l’initiative «Empowering Women in the Atlas».

Mes dernières actions incluent un programme qui a permis à 100 femmes rurales d’accéder à l’université pour la première fois et d’obtenir une formation, un coaching, de l’équipement et des fonds de démarrage pour leurs micro-entreprises. J’ai également lancé un programme scolaire pour 200 enfants et un programme d’échange qui a permis aux jeunes des montagnes du Moyen Atlas d’obtenir un passeport et de quitter leur région pour la première fois pour une formation sur l’énergie solaire en Norvège.

Qu’est ce qui vous motive le plus dans votre action ?

Ce qui me motive, c’est d’avoir de l’impact, de partager avec les autres, de me
sentir utile, de faire sortir ce qu’il y a de plus beau dans le vécu et le savoir-faire des autres, et surtout d’avoir une influence positive. Je voudrais quitter ce
monde en paix et savoir que j’aurais vécu en mobilisant mon énergie, mes idées et mes opportunités pour améliorer la vie des autres.