Khadija Agoumy

« Cette année, aussi particulière soit-elle, m’a permis de me recentrer sur mes priorités à travers un retour à l’essentiel qui est : La famille. »

Quelles sont vos origines ?

Je suis native de Rabat, cette ville lumière qui a bercé mon enfance par sa culture arabo-musulmane et son modernisme occidental mais également originaire de Fès de par mes parents qui m’ont inculqué à travers leur éducation sa spiritualité, ses traditions ancestrales et son art de vivre chaleureux. Grâce à eux j’ai appris à puiser dans le meilleur de mes origines qu’elles soient « Rbaties » ou « Fassies » sans oublier qu’avant tout, je suis marocaine fière de ma marocanité.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance ?

Je garde le souvenir d’une enfance heureuse, choyée et entourée d’une famille aimante ponctuée de réceptions à la maison, de parties de « touti », de musique andalouse et autres veillées religieuses.

Beaucoup de bons souvenirs ont marqué mon enfance et il est difficile pour moi de les relater en ces quelques lignes. Cependant, l’une de mes madeleines de Proust serait essentiellement, l’odeur de ces beignets marocains « Sfenj » qui inondait les ruelles de l’ancienne médina de Rabat. Ces beignets bien chauds rassemblés par un fil végétal que j’arborais fièrement tel un collier de perles ruisselantes dorées, et agrémentées de miel. Un régal pour mes papilles d’enfant. Autre souvenir marquant aura été certainement tous les évènements familiaux où je poussais la chansonnette en compagnie de mes oncles fervents mélomanes autour d’un thé ou d’un dîner à la bonne franquette au temps où la simplicité était maître mot.  

Vous avez fait tout votre cursus scolaire jusqu’au bac dans des établissements réservés exclusivement aux filles, pensez-vous que cela vous ait influencée dans votre relation avec les femmes voire même les hommes ? 

Ma scolarité dans des établissements exclusivement féminins aura été un pur hasard essentiellement initié pour des raisons de proximité et de praticité. 

Au sein des établissements que j’ai fréquentés vers les années 90 et qui sont devenus mixtes aujourd’hui, les dirigeants ont toujours veillé à assurer un enseignement de qualité équivalent aux autres établissements mixtes. La question du genre n’était pas du tout palpable en ce temps-là. Être issue d’une pédagogie unisexe m’a permis de renforcer mon lien de collaboration avec mes paires en rendant certains sujets de cours moins tabous sans aucun stéréotypes sexistes. 

Ceci dit, aujourd’hui en tant que mère je préfère largement la mixité pour mes enfants qui permet de détricoter le vivre ensemble afin de continuer à construire l’égalité « Hommes -Femmes ».

Vous avez fait vos études supérieures en Tunisie, qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans ce pays ?

Ce qui m’a le plus frappée à mon arrivée en 1998 en Tunisie aura été sans équivoque la sécurité régnante et la situation de la femme dans une société historiquement patriarcale. Celle-ci jouissait de certains acquis à travers le code de statut personnel du temps de la politique réformiste de Bourguiba et qui est encore considéré, à ce jour et à juste titre, comme étant le plus avant-gardiste en matière des droits des femmes du monde arabo-musulman.

Côté enseignement, le système éducatif tunisien jouit d’une très bonne réputation sur le continent africain. 

Avant d’arriver chez Bayer, vous êtes passée par quelques-unes des plus grandes sociétés de la place, en quoi ce parcours a-t-il enrichi votre façon d’exercer votre métier aujourd’hui ?

Au début de ma carrière professionnelle, j’ai pu acquérir des connaissances pour effectuer un travail, mais au fil du temps et grâce à mon expérience dans différents secteurs d’activités, qu’ils soient dans l’industrie pharmaceutique, les hydrocarbures ou la grande consommation, j’ai acquis ce cheminement « de base » qui a permis de constituer les fondements d’une vraie profession.

In fine, chaque passage et chaque rencontre professionnelle dans un secteur particulier m’a permis de développer des connaissances pointues et spécialement dans le domaine du marketing stratégique. Sur le plan personnel ces expériences m’ont permis de gagner en assurance, expertise et crédibilité sur le marché.

En quoi consiste votre travail au sein de Bayer ?

Après un passage de 4 ans dans la gestion de la catégorie des multivitamines où j’ai pu revoir la stratégie globale et capitaliser sur la présence des marques dans des marchés à réglementation complexe, aujourd’hui chez Bayer et depuis un an, je suis en charge de la stratégie et le développement du business pour la région du Maghreb et l’Afrique francophone au sein de la division Consumer Health. 

Consumer Health est la division du groupe spécialisée dans la fabrication et la promotion des produits de santé familiale et de conseil essentiellement en pharmacie. Ma principale mission est l’identification de nouvelles opportunités d’expansions en adéquation avec les stratégies de marques et renforcer la présence de la division dans la région.  

Bayer œuvre beaucoup dans le développement durable et l’innovation sociale, parlez-nous d’une mission à laquelle vous avez participé dans ce cadre et qui vous a rendue fière

J’ai pris beaucoup de plaisir et de fierté à participer à différentes missions dans ce domaine, mais s’il y en a une qui me tient à cœur c’est celle de notre partenariat avec l’association SOS Village d’enfants. Aujourd’hui plus que jamais les populations démunies et spécialement les jeunes ont besoin de support. Dans ce contexte de pandémie et de ralentissement économique, Bayer Consumer Health a tout de même maintenu et même renforcé ce partenariat. 

Le programme « Youth can » de SOS village œuvre pour la formation des jeunes à travers le royaume pour favoriser leur insertion sociale et professionnelle.

A travers vous, je saisis l’occasion pour encourager tous les organismes privés et publics à continuer à soutenir et épauler les associations qui sont généralement les plus oubliées en période de crise. 

Et si vous nous parliez de votre passion pour le « Tarab » …

Cette passion m’anime depuis l’âge de 5ans, je n’hésite jamais à chanter quelle que soit l’occasion, en famille ou entre amis. Issue moi-même d’une famille amoureuse de « Tarab », tant du côté paternel que maternel. Nos réunions de famille sont souvent ponctuées de chants et de mélodies d’Oum Kaltoum, Ismahane ou Warda.

Ce « Tarab » qui a bercé mon enfance n’a cessé de grandir en moi pour devenir une vraie vocation qui renforce mon bonheur pour chaque note chantée ! 

Chanter, me donne des ailes, rebooste mon métabolisme et me permet de vivre en harmonie avec ma famille et moi-même.

Si vous deviez conseiller un seul livre, lequel serait-il et pourquoi ?

Sans équivoque « Deuxième sexe » de Simone de Beauvoir, qui me rappelle que si je réponds à cette interview aujourd’hui c’est grâce aux différents combats menés par nos paires auparavant ! Lire Simone, c’est affronter des esprits hauts et forts.

Cet ouvrage a encore toute sa valeur de nos jours, une sorte de militantisme féminin pour tout temps et toute génération future. 

D’où sa citation célèbre qui prend tout son sens et que j’inculque à ma fille aujourd’hui : 

« On ne naît pas femme on le devient ».

Qu’est-ce que l’année 2020 vous a-t-elle apporté ?

Cette année, aussi particulière soit-elle, m’a permis de me recentrer sur mes priorités à travers un retour à l’essentiel qui est : La famille. 

Le fait de ne plus me déplacer à travers la région que je gère a fait le bonheur de mes enfants. Nous avons pu passer plus de moments ensemble, indispensables à notre bien-être au quotidien. Ceci est l’une des meilleures raisons d’apprécier 2020 et aborder 2021 dans de bonnes conditions et avec de nouvelles résolutions.