Ghalia Benabdeljelil

« J’ai toujours souhaité revenir au Maroc, essayer de contribuer à mon humble niveau au développement de ce pays qui est le mien.»

Quelles sont vos origines ?

Je suis née à Marrakech et j’y ai grandi jusqu’à l’obtention de mon Baccalauréat. J’ai un attachement particulier pour cette ville, sa lumière, ses couleurs et sa douceur de vivre.

Racontez-nous vos souvenirs d’internat à Ginette

Mes deux années à Ginette ont probablement été les années les plus belles de mon existence. C’était clairement un changement sans transition entre la douceur de vivre Marrakchie et la rigueur jésuite. Ce n’était pas facile tous les jours, la charge de travail était écrasante mais la solidarité entre les élèves et la bienveillance de l’équipe enseignante ont fait de ces années des années fondatrices pour moi. D’abord j’y ai rencontré mes meilleurs amis, des profils très différents de ceux de mon entourage de l’époque. Ensuite, j’y ai probablement développé une capacité d’adaptation que je n’avais jamais eue à mettre à l’épreuve auparavant. Enfin, j’y ai forcément nourri une ouverture d’esprit qui a contribué à tracer mon chemin de vie par la suite.

Quel a été votre parcours éducatif par la suite ?

Au terme de mes deux années de prépa à Ginette, j’ai intégré HEC Paris (programme grande école) que j’ai complété avec un master à l’Ecole Polytechnique.

Comment s’est passé votre expérience à Tokyo ?

Une fois mes diplômes en poche, j’ai rejoint le BCG à Paris. Après deux années au bureau de Paris, j’ai eu l’opportunité d’être transférée au bureau de Tokyo pour un an. C’était une expérience vertigineuse. Arriver dans cette ville tentaculaire, sans y connaitre personne, sans y avoir jamais mis les pieds et sans parler un mot de japonais était clairement drivé par une envie farfelue de sortir de ma zone de confort, un goût certain de découvertes et probablement une once de folie ! C’était dur mais sans regret – j’ai adoré cette expatriation. La culture japonaise est fascinante. Je ne l’aurais jamais aussi bien cernée en visitant le pays en touriste. Y vivre, y travailler, apprendre la langue, les alphabets, côtoyer des Japonais dans un cadre professionnel et personnel m’a tellement appris – sur le pays, sur les nippons, et probablement aussi sur moi !  

Comment avez-vous atterri chez Kering et quels ont été vos plus beaux souvenirs ?

J’étais au BCG, cela se passait très bien et j’ai été approchée par un ancien du BCG qui travaillait chez Kering pour me proposer un poste chez Kering. C’était une opportunité unique de travailler directement avec François-Henri Pinault et Jean-François Palus qu’un concours de circonstance heureux avait créé. Nous étions bien évidemment plusieurs candidats à passer des entretiens. Dès le process d’entretien, j’ai tout de suite perçu cette atmosphère si bienveillante à laquelle je ne m’attendais pas dans ce secteur. Le tandem FHP et JFP est impressionnant d’efficacité, de vision et de brio ! Avoir la chance de travailler avec eux au quotidien était une chance inouïe. FHP et JFP étaient sortis des bancs d’HEC et JFP était même passé par Ginette. Tout cela a dû aider pendant le process de recrutement et à la qualité de la relation construite par la suite. Avoir l’occasion de tenir des réunions 1 to 1 avec FHP, avec JFP et tout le Comex de Kering à 27 ans ! Merci la vie ! C’était d’ailleurs le moment palpitant du come-back de Gucci avec la nomination d’Alessandro Michele et Marco Bizzari comme Directeur artistique et PDG de Gucci respectivement ! Je ne pourrais pas citer tous mes plus beaux souvenirs – tellement il y en auraient ! Mais se bousculent dans mon esprit : tous les défilés -Gucci, Saint-Laurent, Balenciaga, Bottega Venetta, Alexander McQueen, etc. – les réunions avec FHP et JFP dans leur bureau londonien où seuls eux avaient un bureau et moi qui avais la chance de les accompagner dans leurs décisions stratégiques,  la participation aux comités TOP 30 de Kering avec l’ensemble des CEO des marques du groupe, et probablement le dernier souvenir : FHP qui me dit « si vous rentrez au Maroc pour des raisons personnelles, je n’y peux rien – mais si vous y rentrez pour des raisons professionnelles, sachez que chez nous dans quelques années vous serez patronne d’une grande marque de luxe »… Franchir le pas du grand retour au Maroc à la suite de cet entretien était d’autant plus difficile !

Pourquoi être rentrée au Maroc alors que vous aviez une vie confortable et une carrière de rêve à Paris ?

J’ai toujours souhaité revenir au Maroc, essayer de contribuer à mon humble niveau au développement de ce pays qui est le mien. J’ai également toujours considéré ce retour comme une expérience non irréversible ! J’ai toujours su que je pourrais assez facilement refaire mes valises pour aller ailleurs – très loin comme pour le Japon – cela a probablement aidé la prise de cette décision. J’ai également toujours été très proche de ma famille et construire ma famille à leurs côtés avait beaucoup de valeur à mes yeux mais il ne fallait pas que cela touche à ma liberté et notamment à ma liberté d’épanouissement professionnel !

Qu’est-ce qui vous a le plus séduite chez Saham ?

L’équipe. Lorsque le groupe m’a approchée pour y passer des entretiens pour le poste de Directrice des Projets Stratégiques, je n’y croyais pas beaucoup. Mais quelle belle surprise suite à ma journée d’entretiens ! MHE, son fils Moulay Mhamed Elalamy, Raymond Farhat, Saad Bendidi, Nadia Fettah – quelle équipe de choc ! C’était une superbe transition pour mon retour au Maroc. Une équipe d’une qualité unique dirigée avec un brio inégalé par MHE – un des rares génies visionnaires que j’ai eu la chance de rencontrer. Un manager hors pair qui sait s’entourer et tirer le meilleur de chacun. Un mentor également.

Vous avez été très vite et très jeune, nommée Directrice Générale de la fondation Saham et vous l’êtes d’ailleurs encore aujourd’hui, en quoi consiste la mission de la Fondation ?

Quelques mois après mon arrivée chez Saham, MHE décide de me confier deux nouveaux postes en plus de mon poste de Directrice des Projets Stratégiques : Directrice Générale de la Fondation Saham et Directrice de Cabinet du Président qui me permettaient de travailler directement avec lui. En tant que Directrice Générale de la Fondation Saham, je suis en charge de la définition de la stratégie de la Fondation et de l’exécution de nos projets. Créée en 2008, la Fondation Saham a pour vocation de créer un impact majeur et durable sur les populations les plus vulnérables au Maroc et en Afrique subsaharienne. La Fondation Saham est une organisation à but non lucratif, reconnue d’utilité publique depuis novembre 2017. En cohérence avec ses valeurs, la Fondation Saham concentre ses efforts et expertises pour trouver des solutions innovantes aux nouveaux enjeux sociaux auxquelles sont confrontées les populations les plus démunies. Depuis 2013, la Fondation Saham opère dans le secteur de la santé à travers son programme « Agir pour la santé en Afrique », en organisant des actions médicales et chirurgicales au Maroc et en Afrique subsaharienne. Grâce à son réseau de médecins bénévoles, la Fondation Saham a pu faire bénéficier à plus de 36 000 personnes des consultations ainsi que des actes médicaux et a réalisé près d’un millier d’opérations chirurgicales. En 2020, le groupe Saham a alloué près de 20M d’€ à des actions de solidarité. La Fondation Saham agit également pour la réinsertion sociale et professionnelle des jeunes NEET (Not in Education, Employment, and Training).

Comment est né Emerge Invest ?

Suite à la cession de l’ensemble de l’activité assurance du groupe Saham au groupe Sud-africain Sanlam, j’étais censée rester au sein du groupe Saham. Avec mes associés, Raymond Farhat, alors conseillé de MHE et Ahlam Bennani, directrice du M&A, nous avons été sollicités par Sanlam pour les aider dans leur développement africain post acquisition. Raymond a alors eu l’idée de créer une petite banque d’affaires indépendante qui pourrait travailler pour Sanlam et Saham sur leurs transactions M&A au Maroc, en Afrique et au Moyen Orient et de là développer un portefeuille clients. Raymond a un carnet d’adresse Africain unique, une intelligence transactionnelle épatante : des éclairs de génie qui m’impressionnent toujours notamment dans les séances de négociations et les structurations de deals. Tout cela m’a donné envie de rejoindre l’aventure.

Et aujourd’hui ça en est où ?

Aujourd’hui, nous avons réalisé une vingtaine de transactions. Nous avons développé un portefeuille clients diversifié de fonds de Private Equity, de Family Offices, de groupes industriels. Nous avons constitué un groupe avec plusieurs filiales et lancé plusieurs activités annexes au M&A comme le trading accompagnant nos clients dans leurs activités d’export vers l’Afrique et le management les aidant dans la gestion de leurs opérations africaines. Nous avons également ouvert un bureau à Luanda en Angola et noué de forts partenariats dans plusieurs pays nous permettant d’opérer à travers l’Afrique avec l’ambition de créer une banque d’affaires panafricaine avec l’ouverture à venir de filiales à travers l’Afrique.

Qu’est-ce qui vous passionne dans la vie, en dehors de votre travail ?

Je suis passionnée de littérature, de voyages et d’art. Ces trois passions nourrissent ma soif d’évasion, de rêve et de Beau. La lecture prend une place importante dans ma vie, j’ai mes auteurs fétiches : Romain Gary, Aragon, Stephane Zweig et Pagnol.

Quel est, selon vous, le secret de votre réussite ?

Je dirais un subtil mélange entre confiance en soi et empathie. Savoir que je ne sais pas et vouloir apprendre, travailler dur – rien ne vient sur un plateau d’argent et savoir construire des relations de confiance. Je me souviens d’un associé au BCG qui me disait « tu es likeable, les clients t’apprécient, les équipes t’apprécient et les managers t’apprécient ». Je pense que c’est aussi cela la clé de la réussite, prendre du plaisir et donner du plaisir tout en donnant du sens à nos actions !