Aida Bennouna

« Je suis très fière de mon parcours où chaque étape m’a rapprochée un peu plus à ce que je veux faire dans ma vie.»

Née le 20/11/1989
À Rabat
Vit à Rabat
Poste actuel : Fondatrice de ABC Institute et La Finca Agro-écologie

D’où venez-vous et où vivez-vous ?

Je suis de Rabat, j’ai grandi à Rabat et j’y suis retournée vivre depuis 2ans et demi.

Quelles études avez-vous poursuivi et pourquoi ce choix d’études ?

J’adore étudier et apprendre de nouvelles choses et ce depuis mon plus jeune âge. Après mon baccalauréat, je n’avais pas grande idée du métier que je voulais faire. Je me suis laissée influencée par mon entourage et mes professeurs de l’époque à suivre des études en classes préparatoires technologiques à Paris avant de décider de quitter la France. Je me suis retrouvée en Espagne, à l’université Saint Louis, Madrid Campus pour un Bachelor en Business International à default d’aller aux Etats-Unis, car ma famille estimait que j’étais beaucoup trop jeune et pas suffisamment parée pour l’aventure Américaine.

Puis une fois le Bachelor en poche, direction Berkley, en Californie dans la Bay Area pour poursuivre mes études, toujours en Business International pour obtenir mon Master.

Après mon premier emploi et mes deux années à sillonner le monde, j’ai réalisé que le domaine dans lequel j’avais évolué ne me convenait pas du tout. J’ai décidé de me lancer dans des études de psycho-nutrition et obtenu ma certification en 2018.

En 2019, une très forte passion pour la programmation informatique et le coding m’ont menée à faire un « Bootcamp » à Bruxelles où j’ai appris à coder en Ruby, JS, et Python.

Je suis très fière de mon parcours où chaque étape m’a rapprochée un peu plus à ce que je veux faire dans ma vie. Étudier est une vraie passion pour moi et j’espère continuer à avoir le temps et la possibilité d’apprendre des choses nouvelles, consolider mes acquis et élargir mes domaines de compétences.

Qu’est ce qui vous a décidé à faire le tour de l’Amérique Latine alors que vous n’aviez alors que 26 ans?

J’ai toujours été très attirée par les Amériques et principalement l’Amérique Latine depuis mon adolescence. J’ai eu la chance étant plus jeune de pouvoir voyager au Brésil, en Uruguay, en Argentine et au Mexique avec ma maman. Ces voyages ont fait grandir en moi un amour et une attache très particulière pour cette région du monde. En 2015, après quelques mois de vie à Florianópolis, au sud du Brésil, je ressentais un besoin ardent de repartir à la découverte. Mais cette fois-ci ma vocation était différente de celle durant mes autres voyages. Ma soif d’explorer l’inconnu était toujours la même, cependant mon désir ne se limitait pas à voyager de pays en pays. J’aspirais à plus, j’aspirais à me découvrir en découvrant le monde. Il était donc tout naturel pour moi étant basée au Brésil d’explorer ce qui m’entourait. J’ai d’abord commencé par le Sud de l’Amérique, puis le centre pour enfin finir aux Caraïbes. 

Dans quelles conditions avez-vous voyagé et quels sont les enseignements que vous avez retenu de cette expérience ?

Mon long voyage en Amérique Latine était très « roots ». J’ai voyagé en sac à dos à petit budget. Les conditions étaient très loin du confort dans lequel j’avais grandi ou que j’avais connu jusque-là.

Ce périple m’a appris à lâcher prise, à développer une capacité d’adaptation à des situations peu confortables, à apprendre à apprécier la simplicité.

Voyager seule m’a forcé à grandir. J’ai appris à prendre des décisions plus rapidement, dans des contextes de stress et d’angoisse extrême. J’ai réappris à communiquer sans utiliser de mots, à aimer différemment, à aimer intensément, à observer, à dire non aux choses qui ne me conviennent pas sans ressentir de honte ou de culpabilité. 

J’ai découvert des facettes de moi que je ne connaissais pas. J’ai surtout appris que rien n’était garanti ou acquis. 

Un an plus tard vous partez pour un tour en Asie, qu’est ce qui était différent ?

Qu’est ce qui n’était pas différent ? 

Tout ! En commençant par moi d’abord, je n’étais plus la même personne après mon expérience en Amérique Latine. Ma perception et ma lecture des différente situations avait bien changé. 

Mes habitudes de voyages devenaient encore plus lentes, je ressentais le besoin de vivre dans les endroits que je visitais, m’imprégner de la culture de la gastronomie, des habitants mais surtout faire partie d’une communauté.  Je n’avais plus ce besoin de visiter tout plein de villes dans un même pays, ni même cette envie d’accumuler les pays dans une « check liste ». J’étais bien plus flexible par rapport à mon itinéraire, je me laissais plus guider par mes rencontres. 

Je m’étais aussi fixée des objectifs de choses que je voulais apprendre, d’activités que je voulais faire comme améliorer mes techniques Muay Thai Boxing, obtenir ma certification avancée en plongée sous-marine, apprendre à cuisiner Chinois, etc…

Cette expérience a été exceptionnelle sur tous les points de vue et tellement constructive. J’en ai des frissons à chaque fois que j’en parle. 

Parlez nous de votre centre de thérapie nutritive et comment vous vous êtes tournée vers cette spécialité ?

Le ABC Nutrition Institute est né le 15Juin 2020 post confinement. C’est un centre où l’on accompagne les personnes souffrant de troubles alimentaires (anorexie, orthorexie, etc…) ou de problèmes de santé nécessitant un changement dans leurs habitudes alimentaires (diabète, dérèglements hormonaux, hypertension…).

Notre mission est de traiter le rapport au corps et le rapport à l’alimentation qui sont souvent très mal-saints. Les facteurs psychologiques étant déterminants dans le comportement alimentaire, nous accompagnons les patients pour modifier leur alimentation en alliant à la fois des concepts de micro-nutrition et de psychologie.

Nous proposons aussi des ateliers de pleine conscience pour les adultes, des cercles de paroles, des ateliers d’éveil pour les enfants ainsi que des cours de cuisine saine.

Cette idée de créer le ABC Institute a germé en moi après avoir vécu une anorexie mentale qui avait eu un impact conséquent sur ma vie. J’ai eu la chance d’avoir très bien été prise en charge en Belgique par un panel de professionnels qui m’ont aidée à surmonter cette période extrêmement difficile. De là est née l’envie d’aider et d’accompagner des personnes ayant un rapport tumultueux au corps et à la nourriture ainsi que de sensibiliser les enfants et les adultes sur l’importance de la bonne nutrition. J’ai suivi une formation en psycho-nutrition et je suis depuis 2018 diététicienne certifiée. J’ai attendue 2ans avant de commencer à exercer. 

Comment vous est venu l’idée de La Finca ?

Pendant le confinement j’ai vécu dans une abondance indescriptible à la ferme. Ma maman et moi étions en autosuffisance de fruits et de légumes pendant tout le printemps et l’été. 

Cette période m’a permis de passer bien plus de temps sur les champs et au maraicher, mieux comprendre les problématiques spécifiques du terrain, les facteurs limitants mais aussi tout le potentiel de ce merveilleux projet. 

L’érosion et la gestion des eaux ont été deux problématiques majeures auxquelles j’ai été confrontée. Ainsi, prenant conscience de tout l’enjeu de bien parer à ces deux facteurs limitants, l’idée est née de créer un modèle de micro-ferme résiliente, autosuffisante ayant la capacité de s’adapter aux différents changements climatiques que nous vivons et dont les systèmes peuvent être transposés à plus grande échelle, dans des villages, des communes, des villes….

La Finca est non seulement un site de démonstration, de recherche, de conseil et de formation en agro-écologie, mais c’est aussi un centre de retraite où notre mission est de préserver et soigner le vivant. 

A quelles difficultés êtes-vous affrontée au quotidien dans le travail de la ferme ? 

Le facteur humain est la difficulté principale à laquelle je suis confrontée au quotidien. Le fait d’être une jeune femme, citadine avec une approche novatrice dérange énormément dans un milieu rural conservateur et patriarcal. 

Je fais face à beaucoup de résistance de la part de l’environnement humain dans lequel j’évolue. Ainsi, tout prend plus de temps, plus d’énergie, plus de moyens pour être accompli. 

Le manque de sérieux, de qualification et d’implication des employés dans le domaine de l’agriculture sont aussi des facteurs ralentissant l’évolution du projet.  

Enfin, l’accès difficile à l’information et la bureaucratie sont un vrai casse-tête.

Sur quel projet êtes-vous en train de travailler actuellement ?

La Finca est pour le moment le projet qui prend le plus de mon temps et de mon énergie. Suite à la demande de différentes personnes intéressées, je suis en train de développer depuis quelques semaines le volet conseil en aménagement de micro-ferme à ajouter aux services que nous proposerons au sein de la Finca Agro-écologie. 

En parallèle j’aimerais lancer une petite station de traitement des déchets à l’échelle du voisinage d’abord puis du village, et pourquoi pas la commune, la récupération de déchets étant un vrai problème en milieu rural.