Afaf Mhadi

« Le serviteur des gens est leur leader »

Quelles sont vos origines ?

Je suis originaire de Casablanca, ville où j’ai aussi grandi et pour laquelle j’ai beaucoup d’affection.

Quelles études avez-vous poursuivies et pourquoi ce choix d’études ?

J’ai fait le choix de poursuivre une formation classe préparatoire (prépa HEC) voie scientifique au lycée Descartes de Rabat. La raison de ce choix est mon intérêt dès l’enfance pour les matières scientifiques, mais en même temps un grand intérêt pour le domaine des affaires qui s’est accru avec les années. J’ai été très probablement inspirée par plusieurs membres de ma famille qui poursuivaient des parcours réussis dans le monde des entreprises. 

Quel a été votre premier job ? 

Mon premier job a été analyste en stratégie pour une entreprise américaine dans le domaine de l’aérospatial. A 20ans on m’avait confié, en parallèle de mes études, la tâche d’identifier de nouveaux marchés ainsi que de conseiller le vice-président de la branche Europe Afrique Moyen-Orient sur les besoins futurs des clients. Cela m’a appris à m’organiser car étudier et travailler en même temps (alternance) n’est pas si intuitif !

A 23 ans, un constructeur aéronautique vous propose un poste de responsable du reporting financier et de la budgétisation d´une usine de 4000 employés ; comment avez-vous réussi, aussi jeune, à coordonner toute une équipe de personnes, pour la plupart, bien plus âgées que vous ?

D’abord je dois dire que j’ai toujours eu la chance d’avoir des collègues bienveillants. Dans le cas de cette expérience, j’aurais pu venir avec « mes grands sabots » et prétendre en savoir plus que les autres grâce à mon Master en Contrôle de gestion. J’ai décidé de faire autrement et d’écouter les problèmes du quotidien que mon équipe avait, et donner un coup de main même lorsque ce n’était pas mon rôle. Il y a un proverbe en arabe que j’apprécie beaucoup : Le serviteur des gens est leur leader. Donner avant de prendre, ça a toujours été ma doctrine en entreprise et je pense que cela correspond aux dynamiques de base de fonctionnements des groupes humains.  

Comment s’est déroulée votre première année en Allemagne ?

Cette année fut remplie de défis, mais également de beaucoup de joie. D´un côté, la langue était une barrière pendant les premiers mois, et même les choses simples du quotidien étaient devenues compliquées, par exemple se retrouver face à face avec une pancarte ou un emballage au supermarché que l’on ne comprend pas. Cela fut une inspiration pour apprendre l’allemand à toute vitesse (J’ai suivi des cours intensifs pour passer de 0 à maitrise académique de l’allemand en 6 mois.)  De l’autre côté de la joie et une fascination intense pour la beauté architecturale et la prospérité de la première économie européenne surtout à Hambourg, la ville que ses habitants appellent « la plus belle ville du monde ». Nous avions aussi la chance de vivre cette expérience d’expatriation avec un petit groupe d’amis arrivés au même moment que nous, ce qui nous a donné une vie sociale très agréable.   

Quelle est votre plus grande qualité ?

Je suis quelqu’un qui sais prendre des décisions, sans être perturbée par la pression sociale pour agir ou les effets de mode. J’analyse, me laisse le temps de réfléchir, puis passe à l’action sans plus d’hésitation. 

Qu’est-ce qui vous passionne dans votre vie professionnelle ?

Ce qui me passionne dans ma vie professionnelle c’est l’identification des opportunités. Identifier une mesure dans l’entreprise qui va booster sa profitabilité sans léser ses salariés, identifier une super opportunité d’investissement, identifier une recrue qui développera une division de l’entreprise…voici les moments que j’affectionne et recherche le plus dans mon travail.

Vous avez réussi à passer d’un environnement de restructuration et amélioration de performance financière au financement d’un environnement de croissance, comment avez-vous réussi cette transition ?

Même si ces 2 concepts semblent différents, restructuration et croissance ne sont pas si éloignés l’un de l’autre. Dans le premier cas, les ressources sont repriorisées sur les priorités vitales des entreprises, et du coté de la croissance, c’est l’allocation de ressources de façon sur-vitaminée à un marché en expansion. Un gestionnaire aguerri se doit de maitriser ces deux facettes pour être capable de mener à bien sa barque, car tout ce qui est aujourd’hui en vogue connaitra une crise à un certain moment. Comme disent les marins, seule une mer agitée fait les meilleurs capitaines.  

Après avoir passé plusieurs années dans le salariat, qu’est-ce qui vous a décidé à vous diriger vers l’entreprenariat ?

Après avoir passé 11 ans dans le domaine du salariat et en étant passée de stagiaire à cadre supérieur en contact direct avec des boards de management pour des entreprises mondiales (aéronautique, technologie et secteur du luxe), je me suis posé une question vitale : Est-ce que je continue sur la même lancée (salariat : stabilité, prestige) ou est-ce que je me mets à mon propre compte (liberté, potentielle croissance exponentielle) ? Je me suis décidée à faire le grand saut à ce moment en particulier me disant que si à 31 ans je ne le faisais pas, je ne le ferais probablement jamais.

Qu’est-ce que l’année 2020 vous a-t-elle apporté ?

Cette année a été particulière comme pour beaucoup de personnes dans le monde. Cela dit, la décélération du monde pendant cette année de transition m’a aidé à m’organiser sur le plan professionnel. Sur le plan personnel, cela a apporté un calme, propice à la revue des priorités (santé, proximité et beaucoup d’échanges avec la famille malgré la non-possibilité de se voir physiquement pendant presque 2 ans).