Nissrine Alami Hassani

Bloggeuse Food

“Au final, entreprendre c’est avant tout exécuter une action”


Présentez-vous en quelques lignes…

Nissrine Alami Hassani, architecte et foodingue. Je suis de signe Capricorne, donc apparemment loyale. Sérieuse mais sans me prendre au sérieux. J’aime rire et adore manger… à la fois sociable et timide. Je ne sais pas être commerciale. Actuellement je travaille au sein d’un cabinet d’architecture espagnol cool (Bios Architecture).

Racontez-nous votre amour pour la cuisine et les débuts de «nissrinefoodie»…

J’ai toujours éprouvé, inconsciemment, un grand plaisir à manger, dans le sens de vivre pour manger. A force de découvertes désintéressées, j’ai commencé à prendre conscience de ce que je mangeais et comment j’aimais manger. Après avoir testé un restaurant à Berlin où le chocolat était un condiment qui composait tous les plats, ma curiosité s’est révélée au grand jour. Il fallait que je cherche tout ce que je n’avais pas l’habitude de manger à Casablanca. J’ai rapidement compris que mon champ était limité. Je me souviens d’une fois où j’avais envie de manger de la viande d’autruche. J’ai écumé les cartes sur internet et appelé les restaurants un à un en leur demandant s’ils en faisaient. J’en avais trouvé un et j’ai fini par monter un petit groupe pour dîner avec moi. Avec le temps, les choses ont commencé à prendre forme. J’ai lancé mon blog pour ne pas spammer les gens sur Facebook. Je ne connaissais absolument rien du monde du blogging et de la communication et je n’en connaissais pas le potentiel.

Votre entourage vous a-t-il encouragée ?

Ah ça ! Je ne compte plus les fois où j’ai harcelé mes amis pour liker mes photos au tout début, pour faire booster ma page Facebook Je mangeais souvent avec ma mère lors de sa pause déjeuner, lorsqu’elle n’avait pas très envie de rentrer à la maison à midi. C’était un peu notre moment à toutes les deux. Lorsque mon frère était en France et me demandait ce que je voulais qu’il me ramène : A la place de vêtements, je répondais quelque chose à manger… ce qui le faisait beaucoup rire avec ma sœur !

Peut-on considérer qu’un entreprenariat digital existe à partir du moment où une communauté est formée ?

J’aurais eu tendance à dire non avant de me lancer. Mais il me semble que oui, à partir du moment où il existe un effort de sortir d’une routine tracée et d’utiliser les outils modernes pour répondre à un besoin. Lorsqu’une communauté est formée, chacun choisit de monétiser cette visibilité comme il souhaite et en fonction de ses valeurs. Parce qu’au final, c’est comme une micro-télévision ou un micro-magazine qu’on crée. Et cet «entreprenariat» peut prendre différentes formes : Faire de la publicité, exercer comme la presse, créer du contenu, partager un mode de vie… Bref puiser dans ses atouts pour en faire un business. Au final, entreprendre c’est avant tout exécuter une action. Et comme toute entreprise et création de valeur, cela plait à qui veut. Il en découle donc plusieurs jugements subjectifs dépendamment des sensibilités de la communauté qui suit. De mon côté, en tant que personne faisant partie d’une communauté, pour suivre un influenceur, j’ai besoin d’apprendre tous les jours sur son contenu, de voir son travail plus que son image, bien que l’image -lorsqu’elle est exposée mais contenue- ajoute une sensibilité au travail et un style.

Arrivez-vous à vivre de votre activité digitale?

Non ! Pour l’instant, c’est un hobby que j’adore cultiver en parallèle avec mon travail. Je jongle et fait des allers-retours entre les deux. Evidemment et comme tout le monde, il serait génial de l’intégrer dans mon travail professionnel ! Mais cela demanderait du temps, si je voulais faire les choses à ma façon.

Interagissez-vous avec les traiteurs ? Sont-ils réceptifs à la digitalisation des métiers du food ?

En général, ce sont les nouveaux traiteurs qui se lancent et partagent avec moi leur savoir-faire. Honnêtement, il y a de plus en plus de passion dans le métier. Pour les traiteurs traditionnels, le bouche à oreille marche encore bien pour eux. De mon côté, si j’avais eu plus de temps, j’aurais creusé plus. Comme la plupart des restaurants, ils sont plus sensibles à la digitalisation de leur publicité, mais en général, la communication se limite aux réseaux sociaux. Peu d’entre eux font appel aux agences de communication et digitales. Généralement, c’est plus du RP que des actions commerciales. Quant aux services logistiques, je pense qu’ils fonctionnent toujours à travers des circuits classiques et des systèmes d’information traditionnels.

Quel est le business-model de votre activité ? Sur quelle base est l’interaction que vous avez avec votre communauté ?

Mon business modèle est très théorique (Rires). Comme je ne me permets pas de recevoir de rémunération contre un avis, ce qui constitue la base même du blogging à mon sens, mon activité food accepte des actions comme l’organisation d’événements, la production de concepts… Le placement de produit est aussi une alternative car je le considère plutôt neutre, tel un sponsoring qui va permettre d’élargir l’activité du blog et réaliser des projets. Il y a beaucoup de partage, d’échange et de recommandations mutuelles sur le sujet ! Quand on me demande des endroits pour un simple repas, une envie, une occasion spéciale, ça me fait super plaisir de donner une énorme liste avec les caractéristiques de chaque adresse tout mettant en avant les coins que j’adore ! Encore plus quand on revient me dire comment c’était ! J’apprends aussi beaucoup des professionnels qui, dans le tas, partagent avec moi leurs expériences (logistique, restauration, client, coûts…). Il y a aussi les personnes qui se lancent chez elles que j’adore mettre en avant lorsque c’est en cohérence avec les valeurs que je partage. Puis il y a les rencontres, et certaines personnes avec qui la conversation se prolonge, qui m’apprennent des choses et me corrigent.

L’écosystème dans l’entreprenariat au Maroc est-il favorable à votre activité ?

Il l’est de plus en plus, grâce à des jeunes qui œuvrent à développer l’écosystème à aider et mettre en confiance des gens comme moi, qui appréhendent l’entreprenariat. Je découvre de plus en plus d’entrepreneurs food avec des concepts simples mais qui n’existaient pas. Comme la livraison de paniers maraichers, des sites de livraison de repas, des personnes qui se lancent dans la cuisine homemade, de petites marques locales d’épicerie fine qui se développent, des chefs à domicile, mais aussi des concepts à caractère plus sociaux que j’aurais rêvé de faire comme la revente de produits proches de la date de péremption des restaurants à prix cassés. Il y a aussi de plus en plus d’incubateurs, d’évènements, de conférences et de jeunes startupeurs qui ont des conseils à revendre.